Le silence assourdissant de nos « meilleurs penseurs professionnels » n’a d’équivalent que celui des acteurs alternatifs qui maintiennent « qu’un autre monde est possible »... N’est-ce pas le moment pourtant, à l’occasion de cette crise que l’on nous présente comme la plus grave du siècle encore naissant, de sortir toutes les nobles idées, si nombreuses et déjà annoncées miraculeuses en temps de croissance ?... Il est facile d’être « contre »... Contre le système, contre le capitalisme ultra-libéral, contre l’économie dirigée, contre l’assistanat, contre les actionnaires, contre les syndicats...
Il n’y a qu’un monde et c’est celui que nous habitons tous ensemble, amis ou ennemis. Il nous appartient de le bâtir dans le respect de l’homme et de la terre, avec amour et efficacité. Qui a dit que les deux étaient incompatibles ?
Ce dont nous avons besoin c’est d’un monde normal. Un monde qui ne contiendrait pas 95% de produits avec des pesticides issus d’une économie dont une minorité exploite une majorité. Des produits normaux, non toxiques, qui n’exploitent personne.
C’est le moment d’être normal, c'est-à-dire de représenter une majorité de personnes apposée de manière créative au pathologique devenu minoritaire. Il n’y a pas de norme autre que la relation que nous choisissons librement de définir avec notre milieu. Soyons donc nombreux à vouloir un monde respectueux de l’homme et de la terre et nous deviendrons normaux parce que nombreux... C’est le moment de relire Canguilhem(1).
C’est le moment de s’intéresser à ce que nous achetons, à ceux à qui nous déléguons nos intérêts, sans méfiance mais sans confiance irresponsable. C’est le moment de comprendre les prix, les modes de fabrication, de connaître le coût des matières premières, l’impact des déchets. Parlons-nous, échangeons, rendons ainsi le monde plus clair et plus lisible. Nous en avons besoin pour exercer nos responsabilités sans abîmer la confiance. Cherchons à construire du lien, de la relation durable, la seule qui soit écologique au sens étymologique du mot.
Et surtout créons, inventons avec joie et plaisir un monde vraiment raisonnable et laissons à ceux qui nous demandent d’être raisonnable de sortir par eux-mêmes de la folie dans laquelle nous nous sommes laissés entraînés.
Oui vraiment, c’est le moment ...
(1) Georges Canguilhem – Le normal et le pathologique -PUF